
Aujourd'hui, jeudi 16 février 2006. Ce n'est pas une journée comme les autres. J'ai en effet une présentation à faire, à18h, sur un texte passionnant tournant autour de l'assimilation, vu par Durkheim et l'école de Chicago. Vaste programme. C'est décidé, je boucle tout pour l'heure dite. ça va faire mal.
Décidé, j'ouvre mon PC, me connecte comme à l'accoutumé sur Hyperiums, un jeu en ligne simple mais passionnant. Et là, c'est le drame. Mon alliance est sur le point de se faire attaquer. Par qui ? Quand ? Comment ? Il est 11h30. J'ai le temps. Je me consacre à ma défense, organisant mes troupes en vue de l'assaut imminent. Puis, sans grande volonté, je me lance dans l'étude du texte. Mais l'appel du jeu est trop fort, le suspens... insoutenable !
Du coup, je fais de fréquents aller-retour entre deux fenêtres : celle du document Word et celle du jeu. Mais l'heure avance. 3h. Je vais me doucher. Puis reprends mon texte. 4h. L'heure de déjeuner. Mon Dieu. Déjà 5h. En catastrophe, je finalise le document de deux pages qu'il me faudra distribuer (après impression à l'UQAM). Un dernier aller-retour sur le jeu. Un semblant de répétition. Et c'est le départ ! Il est 17h53.
A cet instant précis, j'ai déjà pris ma décision. J'arriverai en retard, le temps d'imprimer mon document. Plein de détermination, j'arrive à l'UQAM, imprime les documents, fonce jusqu'à ma salle et entre. Avec un silence qui n'a d'égal que ma discrétion, je fais le tour des tables, obligeant mes collègues à se lever, d'autres à se bouger, le tout à grands renforts de bruits divers et variés. C'est dit : Seb est là !
Tel le mâle qui pisse pour marquer son territoire, Seb est intervenu pour marquer sa présence. Fièrement, il s'assied, sort ses affaires et attends. Bizarre, la personne qui passait avec lui en présentation semble avoir déjà fini son exposé. Soudain, premier flash : le cours (durée 3 heures) a été avancé (d'une heure). Il a complètement zappé. La prof parle et évoque la pause dans 10 minutes.
Second Flash : N'y avait-il pas un document à rendre avec la présentation ? Doute léger. Farfouillons dans nos affaires. "Un document de maximum cinq pages accompagnera...". Et meeeeerde.
La situation devient tendue. Des gouttes de sueur perlent sur la peau de notre valeureux héros. C'est là qu'il réalise lentement que se pointer en cours pour faire une présentation non répétée autrement qu'en mâchant un cookie, avachi devant son PC n'est sans doute pas le meilleur moyen de réussir.
La Pause. Il lui reste un quart d'heure pour rattraper le coup. Il est mal barré, il le sait, mais malgré ce terrible coup du sort, il garde la tête haute. Tentant de se concentrer, il s'absorbe une dernière fois dans le texte. Fin de la Pause. Début des hostilités. Il se lève, prend son temps pour distribuer les feuillets (il sait qu'il doit tenir un certain temps, mais ignore combien). Conscient de ce minutage parfait, il n'entend qu'à moitié la question de sa professeur.
_ Tout le monde a lu le texte ?
C'est sa chance. L'occasion de mettre le public dans sa poche. Au milieu des "oui", un "non" fier, courageux et sonnant terriblement français s'illustre. Eclat de rire général. C'est bon, on peut y aller.
Fichtre, c'est pas évident. 15 paires d'yeux qui vous regardent vous débattre avec votre feuille, trébucher sur les mots, et couler. Heureusement, il se tient à sa stratégie : la lecture agrémentée de réflexions savantes. Il le sent, c'est tout bon : la prof ne lui a pas encore demandé d'arrêter.
Puis la fin. Sortons quelques questions, histoire de lancer le débat.
Personne ne répond. Il entend "Mais elle est vaste ta question". Et merde : va falloir démarrer le débat à la manivelle. Il lance le sujet sur Katrina, puis les émeutes en France. Resituons le contexte. Soudain une main se lève. Miracle ! Il est sauvé ! Ce qui est dit n'a rien à voir avec sa question mais qu'importe, il fallait parler et la personne l'a fait ! Une autre prend la relève. Lui aussi parle longuement de la situation en France, un sujet qu'il connaît plutôt bien.
Puis la prof se tourne vers lui. Elle a deux questions à lui poser. "As-tu lu le texte ?" et "pourquoi t'es-tu levé ce matin ?". Non, il s'agit d'une autre question : elle l'interroge sur le titre. "L'assimilation : un concept en panne". Pourquoi a-t-il utilisé après les termes assimilation. Il n'en sait rien. C'est quoi cette question ? Euh parce que ça faisait bien ? Son cerveau génial mouline à deux cent à l'heure.
_ Je crois que l'assimilation reste un but à atteindre. Donc le terme reste pertinent. Et puis les auteurs ont montré à quel point il était important de l'utiliser, à la place d'autres termes comme "intégration"...
(ndlr : les cafouillages ont été ôté afin de rendre intelligible cette réponse) .
La prof semble satisfaite. Elle le complimente sur une phrase qu'il a sorti en catastrophe, lors de sa présentation, histoire de meubler.
Fin de l'épreuve. Encore une victoire de notre héros.
C'était un épisode de "La vie trépidante de Seb à Montreal".